Note personnelle : ,

Jommelli, Niccolò — Didone abbandonata (1763)

Format :

  • Dramma per musica (opera seria) en 3 actes — troisième version (Stuttgart, 1763).
  • Musique : Niccolò Jommelli (1714-1774).
  • Livret : Pietro Metastasio (1724), d’après le livre IV de l’Énéide de Virgile.
  • Langue : italien.

Création :

1763, Stuttgart, cour du duc Charles-Eugène de Wurtemberg (troisième version).
Jommelli mit trois fois en musique le célèbre livret de Métastase : une première version fut créée le 28 janvier 1747 au Teatro Argentina de Rome, peu après son départ de Venise, une deuxième suivit à Vienne en 1749, et la troisième, profondément remaniée, vit le jour en 1763 à Stuttgart, où le compositeur était maître de chapelle du duc de Wurtemberg depuis 1754. Disposant d’un orchestre parmi les meilleurs d’Europe, de moyens scéniques considérables et d’un corps de ballet dirigé par Jean-Georges Noverre, Jommelli y développe une conception nouvelle de l’opera seria : récitatifs accompagnés très nombreux, orchestration riche et colorée, enchaînements dramatiques plus continus, qui annoncent la réforme de Gluck. Le finale, spectaculaire, avec l’incendie de Carthage, fut particulièrement admiré.

Livret :

Didone abbandonata est le premier livret original de Métastase, créé en 1724 à Naples avec la musique de Domenico Sarro, et l’un des plus souvent mis en musique au XVIIIe siècle (Vinci, Hasse, Galuppi, Traetta, Piccinni…). Il reprend l’épisode virgilien des amours d’Énée et de Didon, reine de Carthage, en y ajoutant la figure de Iarba, roi des Maures, prétendant éconduit de Didon, ainsi que Selene, sœur de la reine secrètement éprise d’Énée, et les confidents Araspe et Osmida. Le dénouement, fidèle à Virgile, est tragique, fait rare dans l’opera seria métastasien.

Intrigue :

  • Acte I : À Carthage, Énée, sommé par les dieux de reprendre la mer pour fonder un nouvel empire en Italie, hésite à annoncer son départ à Didon, qui l’aime. Iarba, roi des Maures, se présente déguisé en ambassadeur sous le nom d’Arbace pour demander la main de la reine et menace Carthage de guerre ; Didon le repousse. Selene, sœur de Didon, aime Énée en secret ; le confident Osmida trahit la reine en complotant avec Iarba.
  • Acte II : Iarba tente d’assassiner Énée, qui l’épargne. Didon, apprenant le départ imminent d’Énée, laisse éclater sa douleur et, par dépit, feint d’accepter d’épouser Iarba pour éprouver son amant. Énée, déchiré, reste inflexible dans l’obéissance au destin.
  • Acte III : Énée affronte et défait les Maures, puis s’embarque. Iarba met le feu à Carthage. Abandonnée de tous, Didon refuse de se soumettre au roi maure et, dans un grand finale, se jette dans les flammes de la ville en ruine.

Enregistrement(s) :

Frieder Bernius — 1995

Format : 3 CD.
Label : Orfeo.
Référence : C 381 953 D, parution 1995.
Année d’enregistrement : 1994.
Version : troisième version (Stuttgart, 1763).
Distribution :

  • Didone : Dorothea Röschmann, soprano
  • Enea : Martina Borst, mezzo-soprano
  • Iarba : William Kendall, ténor
  • Selene : Mechthild Bach, soprano
  • Araspe : Daniel Taylor, contre-ténor
  • Osmida : Arno Raunig, sopraniste

Direction : Frieder Bernius
Orchestre : Stuttgarter Kammerorchester
Langue : italien

Particularité :

Premier enregistrement de l’ouvrage, par des forces stuttgartoises, dans la ville même pour laquelle Jommelli conçut cette troisième version. Frieder Bernius, grand défenseur du répertoire de la cour de Wurtemberg, dirige l’Orchestre de chambre de Stuttgart, formation sur instruments modernes enrichie de cors de chasse et de cors naturels, avec une direction robuste, vivante et nuancée, qui maintient la tension sur près de trois heures, jusqu’au célèbre finale de l’incendie de Carthage. La distribution, d’un niveau homogène, est dominée par la Didon souple et ferme d’une jeune Dorothea Röschmann, au début de sa carrière internationale, et par l’Énée au timbre chaleureux de Martina Borst, malgré quelques imprécisions d’intonation.

Postérité :

Comme l’ensemble de l’œuvre lyrique de Jommelli, admirée par Mozart mais rapidement jugée démodée après la réforme gluckiste, Didone abbandonata tomba dans l’oubli après la fin du XVIIIe siècle. L’enregistrement de Frieder Bernius, avec celui d’Armida abbandonata par Christophe Rousset, a contribué à la redécouverte de ce compositeur essentiel, dont les innovations orchestrales et dramatiques, forgées à Stuttgart, ont préparé l’opéra de la fin du siècle.

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