Note personnelle : , ,

Humperdinck, Engelbert — Hänsel und Gretel (1893)

Format :

  • Märchenspiel (conte lyrique) en 3 tableaux (Bilder).
  • Musique : Engelbert Humperdinck.
  • Livret : Adelheid Wette, sœur du compositeur, d’après le conte des frères Grimm.
  • Langue : allemand.

Création :

23 décembre 1893, Hoftheater de Weimar, sous la direction de Richard Strauss.
Humperdinck a alors près de quarante ans et reste surtout connu comme l’ancien assistant de Wagner à Bayreuth, où il avait participé à la préparation de Parsifal (1880-1882). Professeur et critique musical à Francfort, il n’a encore aucun opéra à son actif. La création, dirigée par le jeune Richard Strauss, qui qualifia la partition de « chef-d’œuvre de premier ordre », est un triomphe immédiat : l’ouvrage est repris dès l’année suivante par des dizaines de théâtres allemands, puis à Vienne, Londres (1894) et New York (1895), faisant de Humperdinck un compositeur célèbre du jour au lendemain.

Livret :

L’œuvre est née dans un cadre familial : en 1890, Adelheid Wette demande à son frère quelques chansons pour un petit spectacle de marionnettes destiné à ses propres enfants, sur le conte de Hänsel et Gretel recueilli par les frères Grimm. Le projet grandit peu à peu, d’un Singspiel avec dialogues parlés jusqu’à un opéra entièrement mis en musique. Le livret adoucit nettement le conte original : la marâtre devient une mère épuisée par la misère qui n’abandonne pas volontairement ses enfants, et l’ensemble est empreint d’une piété populaire (la célèbre « prière du soir ») et de nombreuses mélodies de comptines et chansons enfantines allemandes. Humperdinck revêt ce matériau simple d’une orchestration et d’un tissu de leitmotive directement hérités de Wagner.

Intrigue :

  • Tableau I (À la maison) : Dans une pauvre chaumière, Hänsel et Gretel devraient travailler (lier des balais, tricoter) mais préfèrent chanter et danser. Leur mère Gertrud, rentrant épuisée, les gronde et renverse par accident la cruche de lait, seule nourriture du soir ; furieuse, elle envoie les enfants cueillir des fraises dans la forêt. Le père, Peter, fabricant de balais, rentre joyeux et les bras chargés de provisions ; apprenant où sont partis les enfants, il s’effraie : près de l’Ilsenstein vit une sorcière qui dévore les enfants. Les parents se précipitent à leur recherche.
  • Tableau II (Dans la forêt) : Les enfants ont cueilli puis mangé toutes les fraises. La nuit tombe, ils s’égarent et prennent peur. Le Marchand de sable (Sandmännchen) vient les endormir ; ils récitent leur prière du soir et s’endorment, tandis que quatorze anges descendent veiller sur eux (pantomime).
  • Tableau III (La maison de la sorcière) : Le Bonhomme Rosée (Taumännchen) réveille les enfants, qui découvrent une maison en pain d’épice entourée d’une haie d’enfants figés. En grignotant la maison, ils sont capturés par la sorcière (Knusperhexe) : Hänsel est enfermé pour être engraissé, Gretel mise au service. Gretel s’empare de la baguette magique, délivre son frère, puis, feignant de ne pas savoir comment faire, pousse la sorcière dans le four. Celui-ci explose ; les enfants-pains d’épice retrouvent vie grâce à la formule magique. Les parents arrivent, la sorcière est retirée du four transformée en gros pain d’épice, et tous rendent grâce à Dieu.

Enregistrements :

Herbert von Karajan — 1953

Format : Enregistrement studio, 2 CD.
Label : Columbia (édition originale) ; réédité par EMI Classics puis Warner Classics dans la série « Great Recordings of the Century ».
Référence : Columbia 33CX 1096-97 (LP original) ; également Naxos Historical 8.110897-98.
Année d’enregistrement : 27, 29, 30 juin et 1er, 2, 16 juillet 1953, Kingsway Hall, Londres.
Distribution :

  • Hänsel : Elisabeth Grümmer, soprano
  • Gretel : Elisabeth Schwarzkopf, soprano
  • Peter, le père : Josef Metternich, baryton
  • Gertrud, la mère : Maria von Ilosvay, mezzo-soprano
  • La Sorcière (Knusperhexe) : Else Schürhoff, mezzo-soprano
  • Le Marchand de sable / Le Bonhomme Rosée : Anny Felbermayer, soprano

Direction : Herbert von Karajan
Orchestre : Philharmonia Orchestra ; chœurs de la Loughton High School for Girls et de Bancroft’s School
Langue : allemand

Particularité :

Produit par Walter Legge, cet enregistrement est depuis plus de soixante-dix ans la référence absolue de la discographie. Le couple Grümmer–Schwarzkopf, deux sopranos aux timbres très différenciés (la chaleur ronde de Grümmer en Hänsel, la lumière ciselée de Schwarzkopf en Gretel), offre un duo d’une fraîcheur et d’une musicalité inégalées, notamment dans la prière du soir. Karajan, alors au début de sa collaboration avec le Philharmonia, dirige avec une transparence et une poésie qui mettent en valeur toute la finesse wagnérienne de l’orchestration sans jamais l’alourdir. La prise de son mono de Kingsway Hall reste remarquablement claire.

Herbert von Karajan — 1954

Format : Enregistrement radiophonique (concert), 2 CD.
Label : Opera d’Oro (également paru chez Datum, Walhall, Urania).
Référence : Opera d’Oro OPD-1339.
Année d’enregistrement : 10 décembre 1954, Milan (RAI).
Distribution :

  • Hänsel : Sena Jurinac, soprano
  • Gretel : Elisabeth Schwarzkopf, soprano
  • Peter, le père : Rolando Panerai, baryton
  • Gertrud, la mère : Bruna Ronchini, mezzo-soprano
  • La Sorcière (Knusperhexe) : Vittoria Palombini, mezzo-soprano
  • Le Marchand de sable / Le Bonhomme Rosée : Rita Streich, soprano

Direction : Herbert von Karajan
Orchestre : Orchestra Sinfonica e Coro della RAI di Milano
Langue : italien (« Hänsel e Gretel »)

Particularité :

Un an et demi après le studio londonien, Karajan retrouve l’œuvre pour une diffusion de la RAI, chantée en traduction italienne comme c’était l’usage en Italie à l’époque. Schwarzkopf reprend sa Gretel, cette fois face au Hänsel de Sena Jurinac, d’une chaleur et d’une espièglerie irrésistibles, tandis que Rita Streich prête son soprano cristallin aux deux esprits et que le jeune Rolando Panerai campe un père plein de santé. La direction est plus vive et plus théâtrale qu’à Londres ; la prise de son radiophonique est limitée, et l’italien surprend dans cette musique si germanique, mais le document est précieux pour sa distribution exceptionnelle.

Georg Solti — 1978

Format : Enregistrement studio, 2 CD (stéréo).
Label : Decca (réédition « The Compact Opera Collection »).
Référence : Decca 470 567-2.
Année d’enregistrement : mars et juin 1978, Vienne.
Distribution :

  • Hänsel : Brigitte Fassbaender, mezzo-soprano
  • Gretel : Lucia Popp, soprano
  • Peter, le père : Walter Berry, baryton
  • Gertrud, la mère : Julia Hamari, mezzo-soprano
  • La Sorcière (Knusperhexe) : Anny Schlemm, mezzo-soprano
  • Le Marchand de sable : Norma Burrowes, soprano
  • Le Bonhomme Rosée : Edita Gruberová, soprano

Direction : Georg Solti
Orchestre : Wiener Philharmoniker ; Wiener Sängerknaben
Langue : allemand

Particularité :

Solti aborde la partition en wagnérien, avec des Wiener Philharmoniker somptueux et une prise de son Decca spectaculaire qui fait ressortir toute la richesse de l’orchestration, en particulier dans la « Chevauchée de la sorcière » et la pantomime des anges. Le duo Fassbaender–Popp est l’un des meilleurs de la discographie : Hänsel garçonnier et vif, Gretel lumineuse et touchante. Walter Berry est un père truculent et Anny Schlemm une sorcière très caractérisée, sans caricature excessive. On a parfois reproché à Solti une certaine dureté dans les tutti, mais cette version reste l’une des grandes références stéréo.

Georg Solti — 1980

Format : Film d’opéra (vidéo), DVD.
Label : Deutsche Grammophon / Unitel.
Référence : DG 00440 073 4110.
Année d’enregistrement : film tourné à Vienne (1980-1981), sorti en 1981.
Distribution :

  • Hänsel : Brigitte Fassbaender, mezzo-soprano
  • Gretel : Edita Gruberová, soprano
  • Peter, le père : Hermann Prey, baryton
  • Gertrud, la mère : Helga Dernesch, mezzo-soprano
  • La Sorcière (Knusperhexe) : Sena Jurinac, mezzo-soprano
  • Le Marchand de sable : Norma Burrowes, soprano
  • Le Bonhomme Rosée : Elfriede Höbarth, soprano

Direction : Georg Solti
Orchestre : Wiener Philharmoniker ; Wiener Sängerknaben
Mise en scène : August Everding
Langue : allemand

Particularité :

Film réalisé en studio par August Everding pour Unitel, dans des décors de conte de fées très réalistes (forêt, maison en pain d’épice), sur une bande sonore enregistrée au préalable. Fassbaender reprend son Hänsel, désormais aux côtés de la Gretel d’Edita Gruberová, qui était le Bonhomme Rosée du disque Decca. Moment émouvant : Sena Jurinac, Hänsel de Karajan en 1954, incarne ici la sorcière avec un humour savoureux. Hermann Prey et Helga Dernesch forment un couple parental de luxe. La direction de Solti se montre plus souple et raffinée qu’au disque, et la pantomime des anges baignée de lumière est l’un des sommets visuels du film.

Postérité :

Hänsel und Gretel est l’un des rares opéras post-wagnériens à s’être maintenu sans interruption au répertoire. Il est devenu, surtout dans les pays germaniques et anglo-saxons, le spectacle traditionnel des fêtes de fin d’année, souvent la première expérience lyrique des enfants. Le Metropolitan Opera de New York le choisit en 1931 pour sa toute première retransmission radiophonique d’un opéra complet. Humperdinck ne retrouva jamais un tel succès avec ses ouvrages suivants (Königskinder excepté), et reste pour la postérité l’homme d’une seule œuvre. Les grandes maisons continuent de le programmer régulièrement, dans des mises en scène qui oscillent entre féerie traditionnelle et relectures plus sombres, soulignant la misère sociale et la violence que recèle le conte.

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