Format :
- Singspiel (« dramatisches Scherz- und Lehrgedicht », poème dramatique badin et didactique) en trois parties (MH 118), sous-titré « in den drei irdischen Grazien, nämlich in der Dichtkunst, Musik und Malerei ».
- Musique : Michael Haydn (1737-1806).
- Livret : P. Florian Reichssiegel.
- Langue : allemand (avec passages en dialecte autrichien).
Création :
12 juillet 1769, scène universitaire (Grosse Aula) de Salzbourg, à la suite de la tragédie en trois actes Pietas in impium.
Achevée à Salzbourg le 7 juillet 1769, la partition a été composée en cinq jours ; la pièce est jouée dans le cadre d’une visite officielle (« Visitationsdrama ») de l’université bénédictine, selon la tradition des comédies finales de fin d’année scolaire. Elle est interprétée par les élèves de l’avant-dernière année du gymnase.
Livret :
Florian Reichssiegel (1735-1793) y glisse plusieurs niveaux : la commande scolaire devant des visiteurs de marque, l’envie d’exposer une discussion esthétique sous forme d’« opérette », et, en arrière-plan, une lutte de pouvoir locale au sein du corps enseignant bénédictin, masquée par de nombreuses allusions. Dans la préface, l’auteur explique que la source de tous les arts est la nature, que l’œuvre cherche à unir à la raison et à l’art. Le livret rappelle aussi Gluck, qui réclamait en 1769 « la simplicité, la vérité et le naturel » dans la préface d’Alceste.
Intrigue :
- Première partie : Dans un paysage allégorique, la Nature dort, enchaînée et vêtue de deuil. Mentor, la Raison, paraît avec une lanterne et cherche la Vérité. Il délivre la Nature, qui lui propose de se faire accompagner de ses trois filles, les Grâces Aglaia (poésie), Thalia (peinture) et Euphrosina (musique). Restée seule, la Nature chante ses vertus.
- Deuxième partie : Aglaia et Euphrosina chantent Apollon ; le maître d’école Bockstolz, sa femme Urschel et une troupe d’ivrognes arrivent et dansent un menuet, ce qui scandalise Euphrosina. Vollstreich, « maître chanteur » infatué de lui-même, impose ses chansons en dialecte (la guerre des poux, la mort du chien Trutzerl, un dialogue entre Alexandre le Grand et Philotas). Le faux peintre Wurmstich, parasite vantard, est quant à lui épié par la Nature, déguisée en mendiante, qui lui propose un tableau du peintre salzbourgeois Rottmayr.
- Troisième partie : Dans le cabinet de Mentor, les trois filles critiquent ses tableaux, ses vers et sa composition (airs de Thalia et d’Euphrosina). Après qu’il s’est endormi en lisant l’Art poétique d’Horace, la Nature retouche son œuvre et chante à sa place. Wurmstich revendique les corrections, la Nature dévoile la supercherie, et elle offre à Mentor la main d’Aglaia ; le chœur final se moque des critiques.
Enregistrements :

Wolfgang Brunner — 2018
Format : 1 CD (79’58), extraits du Singspiel (les dialogues parlés ne sont pas enregistrés).
Label : cpo.
Référence : 555 032-2.
Année d’enregistrement : 2015, Solitär de l’Université Mozarteum de Salzbourg (selon une critique de MusicWeb International) ; parution en 2018.
Distribution :
- Mentor : Maximilian Kiener, ténor
- La Nature : Armin Gramer, alto (contre-ténor)
- Aglaia, la Poésie : Lina Ferencz, alto
- Euphrosina, la Musique : Nele Gramß, mezzo-soprano
- Thalia, la Peinture : Diana Plasse, soprano
- Herr Vollstreich : Virgil Hartinger, ténor
- Herr von Wurmstich : Markus Miesenberger, ténor
Direction : Wolfgang Brunner (pianoforte et direction).
Orchestre : Salzburger Hofmusik (instruments d’époque) ; renfort choral dans le finale : Lucia Hausladen (soprano), Felix Mischitz et Samo Lampichler (basses).
Langue : allemand.
Particularité :
Édition d’après la partition de Graziano Mandozzi et Werner Rainer (Denkmäler der Tonkunst in Salzburg, 2015). Wolfgang Brunner partage les rôles de Vollstreich et Wurmstich, tenus par une seule personne en 1769, entre Virgil Hartinger et son violiste Markus Miesenberger, qui aborde la partie de Wurmstich dans l’esprit du couplet de théâtre. Il ajoute des flûtes aiguës (« Pfeiferln ») à la Fähnium-Marche. Les rôles parlés de Bockstolz et d’Urschel n’apparaissent pas sur le disque. La critique salue un chant excellent, notamment l’accord entre Kiener et Gramer, et le jeu de l’orchestre dans les danses.
Postérité :
Le livret souligne l’esthétique de « l’erreur » élaborée par Reichssiegel et Haydn : en caricaturant des fautes d’écriture (quintes parallèles, répétitions absurdes, accompagnements banals) dans l’air d’Euphrosina, ou en donnant à l’air de Thalia l’allure d’un mode d’emploi de composition picturale, ils font de la discussion esthétique un jeu théâtral. Écrite pour des voix d’enfants, la partition ne comporte ni soprano aigu ni basse, ce qui reflète sa destination scolaire. L’œuvre compte parmi les comédies finales de l’université bénédictine de Salzbourg, avec Der Traum et Die Hochzeit auf der Alm, que Haydn composa dans les mêmes années.

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