Note personnelle : ,

Hasse, Johann Adolf — Enea in Caonia (1727)

Format :

  • Serenata en 2 parties.
  • Musique : Johann Adolf Hasse (1699-1783).
  • Livret : Luigi Maria Stampiglia, d’après le livret de son père Silvio Stampiglia.
  • Langue : italien.

Création :

1727, Naples.
Les circonstances exactes de la création restent obscures : ni le lieu précis ni la distribution d’origine ne sont connus avec certitude. La serenata aurait été commandée par le vice-roi de Naples, le cardinal Michael Friedrich von Althann, pour la visite à Naples, en novembre 1727, de Violante Béatrice de Bavière, fille de l’électeur de Bavière et veuve du grand-prince Ferdinand de Médicis ; le castrat Giovanni Carestini y aurait peut-être participé. Hasse, installé à Naples depuis 1722 et élève d’Alessandro Scarlatti, y est alors un jeune compositeur recherché et bien introduit, quelques années avant son triomphe vénitien d’Artaserse (1730) et son entrée au service de la cour de Dresde. Œuvre de circonstance, à mi-chemin entre la serenata et l’opéra baroque, la partition compte une trentaine de numéros alternant récitatifs et airs.

Livret :

Luigi Maria Stampiglia a révisé pour Hasse le livret que son père, Silvio Stampiglia, poète de la cour impériale, avait écrit pour l’Enea in Caonia de Giovanni Bononcini, donné à Vienne en 1711 pour la fête de l’empereur. Le sujet est tiré du livre III de l’Énéide de Virgile : l’escale d’Énée en Épire, pays des Chaoniens, où règne le Troyen Hélénus, devenu l’époux d’Andromaque. L’action dramatique est réduite ; le texte célèbre avant tout la mission d’Énée, appelé à fonder une nouvelle Troie sur les bords du Tibre, avec une allusion à la fondation de Naples, flatteuse pour le public local.

Intrigue :

  • Première partie : Après la chute de Troie, Enea aborde en Épire, chez les Chaoniens. Il y retrouve Andromaca, veuve d’Hector, désormais épouse du roi Eleno, qui règne sur cette terre. Il rencontre aussi Ilia, chasseresse troyenne, courtisée par le roi Niso ; attachée à sa liberté, elle se refuse à lui, et son cœur se tourne vers Enea.
  • Seconde partie : Andromaca, encore hantée par le souvenir de Troie et d’Hector, et Eleno, doué de dons prophétiques, exhortent Enea à accomplir son destin : fonder en Italie la future Rome. Enea, fidèle à sa mission, renonce aux liens qui pourraient le retenir et laisse Ilia pour poursuivre sa route ; la serenata s’achève sur la célébration de la gloire promise à sa descendance.

Enregistrement(s) :

Stefano Montanari — 2020

Format : 2 CD (1 h 43 min 30 s), enregistrement de studio.
Label : cpo.
Référence : 555 334-2.
Année d’enregistrement : du 1er au 5 septembre 2019, Teatro di Villa Torlonia, Rome (parution en 2020).
Distribution :

  • Ilia : Carmela Remigio, soprano
  • Enea : Francesca Ascioti, contralto
  • Andromaca : Raffaella Lupinacci, mezzo-soprano
  • Eleno : Paola Valentina Molinari, soprano
  • Niso : Celso Albelo, ténor

Direction : Stefano Montanari.
Orchestre : Enea Barock Orchestra (instruments d’époque).
Langue : italien.

Particularité :

Premier enregistrement mondial de l’œuvre, réalisé d’après l’édition critique du musicologue Giovanni Andrea Sechi, avec le soutien de la Johann-Adolf-Hasse-Stiftung et de l’ambassade d’Allemagne à Rome. L’Enea Barock Orchestra, jeune ensemble romain sur instruments d’époque, se consacre aux échanges musicaux entre l’Italie et le monde germanique ; Francesca Ascioti est également la responsable du projet. La distribution entièrement italienne a été saluée par la critique : Carmela Remigio, Ilia aux lignes finement nuancées, Paola Valentina Molinari, Eleno expressif à la voix « crémeuse », Raffaella Lupinacci, Andromaca émouvante dans l’évocation de son deuil, et Francesca Ascioti, qui rend avec intelligence dramatique la complexité du héros. Seul Celso Albelo, en Niso, a parfois paru moins assuré dans le soutien du souffle. Stefano Montanari obtient de l’orchestre une lecture sensible, à la fois élégante et énergique, qui met en valeur les figurations de cordes et les couleurs instrumentales de ce Hasse de jeunesse.

Postérité :

Œuvre de circonstance liée à un événement de cour, Enea in Caonia est restée oubliée pendant près de trois siècles, comme la plupart des compositions napolitaines de jeunesse de Hasse, éclipsées par ses grands opere serie de la période dresdoise. Sa redécouverte, grâce à l’édition critique de Giovanni Andrea Sechi et à cet enregistrement, éclaire les années de formation du compositeur et le genre, alors florissant à Naples, de la serenata de cour.

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