Format :
- Dramma giocoso en trois actes.
- Musique : Baldassare Galuppi
- Livret : Pietro Chiari
- Langue : italien
Création :
18 novembre 1761, Teatro San Moisè, Venise.
L’ouvrage est créé alors que Galuppi est au sommet de sa réputation de compositeur comique : au milieu des années 1750 déjà, il est considéré, selon le musicologue Dale Monson, comme « le compositeur d’opéra le plus populaire qui soit », et son Filosofo di campagna, créé avec Goldoni en 1754, triomphe alors dans toute l’Europe. Il obtiendra peu après, en 1762, les postes de maître de chapelle de la basilique Saint-Marc et de maître de chœur de l’Ospedale degli Incurabili. Bien accueilli, Il Caffè di Campagna circule rapidement hors de Venise, avec des reprises à Milan (1762), Barcelone (1763), Cento (1764) et Trévise (1771).
Livret :
Le livret est dû à l’abbé Pietro Chiari, poète attitré du duc de Modène à Venise de 1747 à 1762 et auteur prolifique d’une soixantaine de comédies, qui promeut alors en Italie un genre sentimental qu’il nomme la « commedia fiebile ». Chiari est surtout connu comme le grand rival de Carlo Goldoni sur la scène vénitienne des années 1760, une rivalité qui anime toute la vie théâtrale de la ville. Sur un ton bien plus léger que ses comédies « larmoyantes », il situe ici son intrigue dans et autour d’un café de campagne, cadre propice aux quiproquos amoureux et aux usurpations d’identité.
Intrigue :
- Acte I : Dans un café de campagne, le patron Caligò et sa fille Lisetta sont secondés par le garçon Cicala, qui profite du service pour courtiser Dorina, une bouquetière qu’il compte épouser. Survient Fumeo, un domestique qui prétend avoir gagné dix mille sequins à la loterie et qui s’est aussitôt rebaptisé « comte Fumana » : méconnaissable d’arrogance, il exige d’être traité en grand seigneur. Lisetta, qui lui était promise, se voit soudain « comtesse » et accepte de l’épouser. Arrivent alors deux danseurs venus d’Angleterre, M. Bellagamba et Madame Scaffetta, à qui le prétendu comte offre logement et collation pour se donner de l’importance. Il se met aussitôt à courtiser effrontément Scaffetta, jusqu’à lui proposer le mariage, puis reporte ses assiduités sur Dorina dès qu’elle paraît ; Lisetta et Scaffetta en viennent à se disputer devant lui. L’acte s’achève sur un enchevêtrement de promesses contradictoires : Cicala toujours résolu à épouser Dorina, Lisetta se croyant fiancée à Fumana, et ce dernier courtisant simultanément plusieurs femmes.
- Acte II : Bellagamba et Scaffetta, se découvrant tous deux dupés par le faux comte, complotent pour se venger : Bellagamba manœuvre si bien qu’il extorque à Fumana cent sequins pour rompre la promesse de mariage faite à Scaffetta, qui se console de n’être pas la seule à avoir été bernée. De leur côté, Lisetta et Dorina, rivales pour le cœur du même homme, s’allient provisoirement contre lui : Dorina feint d’abord la froideur avant d’attirer habilement Fumana à elle. Pendant ce temps, Caligò et Cicala discutent de la conduite à tenir envers l’imposteur, hésitant entre l’affrontement et la ruse. L’acte se referme sur une coalition féminine bien décidée à faire payer au comte ses tromperies.
- Acte III : Caligò et Bellagamba arrêtent leur plan : plutôt que de la donner à Fumana, Caligò mariera sa fille Lisetta au danseur, qui rêve déjà d’une brillante carrière sur les planches, et acceptera. Le faux comte retrouve ensuite Dorina dans une salle illuminée ; après un savoureux échange où elle le confronte à ses propres contradictions, les deux se réconcilient et se promettent mariage. Réunis pour confondre Fumana en brandissant le contrat de mariage déchiré, les autres personnages découvrent que tout est déjà réglé : Lisetta est fiancée à Bellagamba, Dorina a épousé le comte, et Cicala épousera finalement Scaffetta. Ses manigances s’étant retournées contre lui, Fumana se retrouve seul à avoir tout perdu, tandis que la fête se conclut au café de Caligò, où l’on chante en chœur que « trois femmes » font plus recette qu’aucun des breuvages de la maison.
Enregistrement(s) :

Fabio Pirona — 1996
Format : 2 CD
Label : Hungaroton Classic
Référence : HCD 31658-59
Année d’enregistrement : 28 octobre – 3 novembre 1996, Bartók Concert Hall, Szombathely (Hongrie).
Distribution :
- Dorina : Mónika González, soprano
- Lisetta : Bernadette Wiedemann, mezzo-soprano
- Madama Scaffetta : Andrea Szántó, soprano
- Conte Fumana : Mihály Kálmándi, baryton
- Caligò : Frano Lufi, basse
- Bellagamba : András Laczó, ténor
- Cicala : Vito Martino, ténor
Direction : Fabio Pirona
Orchestre : Capella Savaria
Langue : italien
Particularité :
Cette gravure Hungaroton constitue à ce jour la seule intégrale disponible de l’ouvrage, l’un des très nombreux drammi giocosi vénitiens de Galuppi tombés dans l’oubli. Elle est confiée à la Capella Savaria, ensemble hongrois pionnier sur instruments d’époque fondé en 1981, dont le jeu sur cordes historiques et l’effectif réduit restituent bien la légèreté et le mordant comique de la partition. La distribution, réunissant essentiellement des chanteurs hongrois, s’acquitte avec faconde des nombreux ensembles et des équivoques bouffes du livret de Chiari.
Postérité :
Créé avec succès et repris pendant une dizaine d’années dans plusieurs villes d’Italie et jusqu’en Espagne, Il Caffè di Campagna partage ensuite le sort de la quasi-totalité des quelque cent opéras de Galuppi : une longue éclipse après sa mort, le nom du compositeur restant surtout associé, dans la mémoire collective, à son Filosofo di campagna et à la sonate pour clavier que Robert Browning immortalisera dans son poème A Toccata of Galuppi’s. Il faut attendre le regain d’intérêt du XXe siècle pour l’opera buffa vénitien et le travail de redécouverte d’ensembles sur instruments anciens comme la Capella Savaria pour que l’ouvrage retrouve, par le disque, un semblant d’existence.

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