Format :
- Grande opéra historique en quatre actes.
- Musique : Johann Joseph Abert.
- Livret : Albert Friedrich Benno Dulk, d’après le drame König Enzio d’Ernst Raupach.
- Langue : allemand.
Création :
4 mai 1862, au Hoftheater de Stuttgart.
Johann Joseph Abert a alors trente ans et travaille au cœur de la vie musicale de la cour de Wurtemberg. Avec König Enzio, il aborde un sujet historique ambitieux consacré au fils de Frédéric II, prisonnier des Bolonais. Sa musique associe grandes scènes chorales, lyrisme romantique et écriture orchestrale dramatique, mais conserve des formes fermées et une conception mélodique qui la distinguent du drame wagnérien.
Livret :
Albert Friedrich Benno Dulk adapte pour Abert son drame historique König Enzio, lui-même consacré au destin d’Enzio de Hohenstaufen. Le héros historique, fils de l’empereur Frédéric II et roi de Sardaigne, fut capturé après la bataille de Fossalta en 1249 et demeura prisonnier à Bologne jusqu’à sa mort. Le livret concentre cette longue captivité autour d’un drame d’amour, de fidélité politique et de rivalités entre factions.
Intrigue :
- Acte I : Enzio est prisonnier des Bolonais. Autour de lui s’affrontent les partisans de l’Empire et ceux de la papauté. Les personnages de Bianca, Gaddo, Rainer et des représentants du pouvoir bolonais introduisent les dimensions amoureuse et politique du drame.
- Acte II : Les intrigues se resserrent autour du prisonnier. Enzio conserve son honneur et son idéal politique malgré sa captivité, tandis que ses adversaires cherchent à empêcher toute tentative de libération. Les sentiments de Bianca et les rivalités entre les factions compliquent encore la situation.
- Acte III : Un projet d’évasion et les affrontements politiques mettent les protagonistes en danger. Les conspirations et les trahisons échouent à rendre durablement la liberté au héros, dont le destin semble désormais lié à la chute de la maison de Hohenstaufen.
- Acte IV : Enzio demeure prisonnier tandis que les espoirs de restauration politique s’effondrent. Le drame oppose la grandeur passée des Hohenstaufen à la défaite historique qui les attend. L’héroïsme du personnage ne peut empêcher l’issue tragique de sa captivité.
Postérité :
König Enzio occupa une place particulière dans l’œuvre d’Abert : insatisfait de certaines faiblesses dramatiques, le compositeur entreprit une refonte importante avec Dulk. Cette nouvelle version, intitulée Enzio von Hohenstaufen, fut créée au même Hoftheater de Stuttgart le 11 avril 1875. Abert approfondit notamment les caractères de Gaddo et Bianca, tandis que Dulk renforça les scènes populaires et la dimension patriotique du conflit entre l’Empire et la papauté. Malgré un succès extérieur lors de la reprise, cette seconde version ne réussit pas à assurer durablement la survie de l’œuvre au répertoire.
König Enzio est aujourd’hui une rareté historique. Sa valeur tient notamment à la manière dont Abert cherche une voie personnelle entre le grand opéra allemand traditionnel et l’influence croissante de Wagner. La documentation conservée permet toutefois de mesurer l’ambition de cette partition, qui fut l’une des œuvres auxquelles le compositeur resta le plus attaché.

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