Note personnelle : ,

Pergolesi, Giovanni Battista — Il geloso schernito (1746)

Format :

  • Intermezzo comique en 2 parties, pour deux personnages (Dorina et Masaccio), traditionnellement attribué à Pergolesi.
  • Musique : attribuée à Giovanni Battista Pergolesi, mais aujourd’hui rendue à Pietro Chiarini (vers 1717-1765) par la recherche (voir plus bas).
  • Livret : auteur non identifié avec certitude ; texte en italien.
  • Langue : italien.

Création :

Automne 1746, au Teatro San Moisè, Venise.
L’ouvrage est longtemps cité sous le nom de Pergolesi, mort à Pozzuoli en 1736, dix ans avant cette date : il fait partie de ces nombreuses partitions apocryphes qui ont circulé sous le nom du compositeur de La serva padrona après sa mort. Les recherches musicologiques (notamment celles de Frank Walker, Two Centuries of Pergolesi Forgeries, 1949) l’ont rattaché à Pietro Chiarini, né à Brescia, actif à Venise entre 1738 et 1744 et plus tard maître de chapelle à Crémone. On y rapproche l’ouvrage du pasticcio Amor fa l’uomo cieco, qui mêle trois numéros de Pergolesi, des pages de Latilla et quatre de Chiarini. La seule partition connue est conservée à la bibliothèque du Conservatoire de Paris ; deux autres copies portent le nom de Pergolesi, ce qui rend tout jugement critique difficile.

Livret :

Intermezzo dans la tradition napolitaine et vénitienne du genre, Il geloso schernito (« le jaloux berné ») oppose deux personnages de comédie : Dorina, rusée et pleine d’esprit, et son mari Masaccio, jaloux et grotesque. Le livret repose sur le ressort classique du vieux mari soupçonneux ridiculisé par sa femme, tel que la commedia dell’arte et les intermezzi de la première moitié du XVIIIe siècle l’ont popularisé, avec une alternance d’airs et de duos très brefs. L’auteur du texte n’est pas identifié avec certitude : certaines notices citent Giovanni Bertati, ce qui reste douteux.

Intrigue :

  • Première partie : Après une sinfonia, Dorina se plaint des soupçons de son mari (« Son moglie… »), tandis que Masaccio, convaincu d’être trompé, laisse éclater sa jalousie. Les deux époux se retrouvent dans un duo (« Marito mio bello »), où le comique naît du contraste entre la jalousie de Masaccio et la répartie de Dorina. Le détail de l’action est difficile à restituer précisément : la partition ne subsiste que dans de rares copies, et la version enregistrée remplace les dialogues par un récit.
  • Seconde partie : Après une seconde sinfonia, la comédie se poursuit : Dorina se moque de Masaccio, qui, berné, se lamente (« Povero Masaccio ! »). L’intermezzo se conclut par un duo où les deux personnages s’affrontent sur le mode comique (« Si Masaccio muori presto »).

Enregistrement(s)

Wilhelm Keitel — 2000

Format : CD (1 disque, 54’28)
Label : Arte Nova Classics
Référence : 74321 84432 2
Année d’enregistrement : 2000 (copyright ℗ 2000 ; parution en 2001) ; lieu non précisé.
Distribution :

  • Dorina : Caroline Odermatt, mezzo-soprano
  • Masaccio : Christian Tschelebiew, basse
  • Narrateur : Ezio Maria Tisi

Direction : Wilhelm Keitel (directeur artistique)
Orchestre : European Festival Orchestra
Langue : italien

Particularité :
Le disque, complété par la cantate Orfeo (« Nel chiuso centro », pour soprano et cordes), également attribuée à Pergolesi, propose l’intermezzo dans une version originale : les dialogues parlés sont remplacés par un narrateur, Ezio Maria Tisi, qui relie les airs et les duos de Dorina et de Masaccio (« Dorina resta… », « Povero Masaccio ! »). Caroline Odermatt et Christian Tschelebiew défendent avec vivacité les deux rôles, sous la direction de Wilhelm Keitel à la tête de l’European Festival Orchestra. Édité par Arte Nova, le disque s’adresse surtout à l’amateur de curiosités du répertoire pergolésien et fait connaître une œuvre dont l’attribution reste discutée.

Postérité :

Longtemps considéré comme une œuvre de jeunesse de Pergolesi, Il geloso schernito a été enregistré sous son nom dans une version radiophonique italienne (version dirigée par Max Rudolf à la tête de l’orchestre de la RAI, rééditée en 2005 chez Urania), avant d’être rendu à Chiarini par la musicologie moderne. Il illustre la façon dont le nom de Pergolesi, devenu un label commercial après sa mort prématurée, a servi à faire circuler des partitions qui n’étaient pas de lui. La partition garde néanmoins un intérêt réel comme témoin de l’intermezzo vénitien du milieu du XVIIIe siècle, dans la lignée de La serva padrona.

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