Note personnelle : ,

Pasquini, Bernardo — L’Idalma, ovvero chi la dura la vince (1680)

Format :

  • Commedia per musica en 3 actes.
  • Musique : Bernardo Pasquini.
  • Livret : Giuseppe Domenico de Totis, membre de l’Accademia dell’Arcadia, auteur d’un livret qui puise dans la tradition de la comedia espagnole du Siècle d’or et dans le mythe de Don Juan.
  • Langue : italien.

Création :

6 février 1680, au Teatro Capranica, Rome.
Pasquini a quarante-deux ans et se trouve au sommet de sa réputation romaine. Organiste de Santa Maria Maggiore et musicien attaché à la maison Borghese, claveciniste fêté dans toute l’Europe, il a déjà donné à la scène publique Dov’è amore è pietà (1679) et signé plusieurs oratorios. Son écriture privilégie les airs courts, les duos et trios vifs et un récitatif d’une grande souplesse, bien éloigné de la grande machine vénitienne. Le Teatro Capranica, propriété de la famille Capranica, est alors l’un des théâtres de Rome où l’on donne de l’opéra pendant le Carnaval, dans un contexte souvent compliqué par les interdits pontificaux.

Livret :

Giuseppe Domenico de Totis, poète et librettiste romain proche de l’Arcadie, écrit un texte très marqué par les comedias espagnoles et par les intrigues de cape et d’épée. L’argument, à la fois comique et sentimental, tourne autour d’un séducteur inconstant, Lindoro, dont les égarements amoureux entre Rome et Naples placent trois femmes et leurs défenseurs dans une succession de quiproquos, de jalousies et de confidences surprises. Le titre alternatif, Chi la dura la vince (« qui tient bon l’emporte »), donne la morale proverbiale de l’intrigue : constance et endurance finissent par triompher. Le livret mêle, selon l’esprit de la commedia per musica, personnages nobles et couple de serviteurs bouffons (le page Dorillo et le valet Pantano), et joue avec les registres du langage populaire romain et napolitain.

Intrigue :

  • Acte I : Lindoro a quitté sa maîtresse romaine Irene pour Naples, où il est tombé amoureux d’Idalma et l’a épousée en secret. Irene, qu’il croit avoir été mariée entre-temps à son ami Celindo, se lance à sa poursuite avec son page Dorillo. Lindoro, désespéré, apprend la nouvelle ; Idalma, indignée d’apprendre qu’il a abandonné Irene, décide de les réconcilier. Dorillo comprend de travers l’indignation de sa maîtresse et croit qu’Irene doit se plaindre elle-même du traître, qu’il est chargé de lui amener.
  • Acte II : Celindo reçoit une lettre de son frère le priant de venir à Naples, où sa nièce, la fille de Rosmondo, a été offensée. Dorillo conseille à Irene de rester, car elle est la maîtresse de Lindoro. Les quiproquos s’enchaînent : Idalma surprend des conversations, Irene l’abuse, Almiro, amoureux d’Idalma, s’emporte de jalousie, et Celindo menace Lindoro de son poignard, tandis que les domestiques font assaut de ruses. Idalma et Irene, d’abord rivales, s’allient contre le fugitif.
  • Acte III : Lindoro avoue sa légèreté ; son valet Pantano s’efforce de le raisonner pendant que Dorillo tente d’arranger les choses. Almiro et Celindo, persuadés d’avoir été trompés, veulent tuer le traître, et Idalma, à bout de ressources, révèle enfin son identité : elle est la fille de Rosmondo di Valenza, donc la nièce de Celindo. L’honneur de la famille est sauf, Idalma est reconnue pour une épouse fidèle, Celindo renonce à sa vengeance et tout se termine par la réconciliation générale. La morale, énoncée par Dorillo, est que celui qui tient bon finit par l’emporter.

Enregistrement(s)

Alessandro De Marchi — 2022

Format : CD (3 disques)
Label : cpo
Référence : 555 501-2
Année d’enregistrement : août 2021, Haus der Musik (Grosser Saal), Innsbruck (captation lors des représentations des Innsbrucker Festwochen der Alten Musik) ; parution en septembre 2022.
Distribution :

  • Idalma : Arianna Vendittelli, soprano
  • Dorillo : Anita Rosati, soprano
  • Irene : Margherita Maria Sala, contralto
  • Lindoro : Rupert Charlesworth, ténor
  • Celindo : Juan Sancho, ténor
  • Almiro : Morgan Pearse, baryton
  • Pantano : Rocco Cavalluzzi, basse

Direction : Alessandro De Marchi
Orchestre : Innsbrucker Festwochenorchester
Langue : italien

Particularité :
Cet enregistrement, très probablement la première intégrale discographique de l’œuvre, est tiré de la production présentée à Innsbruck en 2021, dans une mise en scène d’Alessandra Premoli. Il repose sur une nouvelle édition établie par Giovanna Barbati et Alessandro De Marchi à partir du manuscrit de la Bibliothèque nationale de France (Vm4 19), qui supprime les longues répétitions de l’original. De Marchi y déploie une réalisation colorée de la basse continue (clavecin et orgue, théorbe, archiluth, guitare baroque, colascione, lirone, viole de gambe, harpe) et ajoute flûtes à bec, basson et percussions, notamment dans les scènes des serviteurs comiques. Arianna Vendittelli campe une Idalma à la fois noble et touchante, entourée de Rupert Charlesworth et de Juan Sancho, particulièrement appréciés pour leur diction et leur sens du théâtre. Anita Rosati donne beaucoup de vivacité au page Dorillo, tandis que Morgan Pearse et Rocco Cavalluzzi complètent une distribution stylée, même si la basse est parfois jugée moins ferme. L’ensemble, présenté sur trois disques accompagnés d’un livret complet avec traductions, offre un portrait très vivant de la comédie musicale romaine du XVIIe siècle.

Postérité :

L’Idalma connaît un succès durable pour son époque : l’œuvre est reprise à Ravenne (1683), Bologne (1684), Florence (1685), Gênes (1688), Livourne (1692) et Ferrare (1693), et six éditions imprimées du livret circulent entre 1680 et 1693. Elle est aujourd’hui considérée comme l’un des chefs-d’œuvre du genre de la commedia per musica, aux côtés d’autres ouvrages romains de la fin du XVIIe siècle, et comme un jalon essentiel entre l’opéra vénitien et l’opera buffa napolitain du siècle suivant. Longtemps éclipsé par son œuvre pour clavier, le Pasquini lyrique, auteur d’une quinzaine d’ouvrages scéniques, retrouve ainsi sa place, et la reprise d’Innsbruck en 2021, puis cet enregistrement, ont donné une visibilité nouvelle à cet opéra.

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