Format :
- Melodramma semiserio en trois actes.
- Musique : Gaetano Donizetti
- Livret : Gaetano Rossi
- Langue : Italien
Création :
19 mai 1842, Kärntnertortheater, Vienne, sous la direction de Donizetti lui-même.
Au sommet de sa réputation européenne après la mort de Bellini et la retraite de Rossini, Donizetti reçoit pour la première fois commande d’un opéra pour Vienne, dans le cadre d’une réconciliation avec l’imprésario Bartolomeo Merelli, alors à la tête de la Scala et du Kärntnertortheater. Salvadore Cammarano, son librettiste habituel, étant surchargé de travail, c’est le vétéran Gaetano Rossi — déjà librettiste de Rossini et de Meyerbeer — qui rédige le texte. Composé entre fin décembre 1841 et mars 1842 en alternance avec Maria Padilla, l’ouvrage est créé avec Eugenia Tadolini (Linda), Napoleone Moriani (Carlo), Marietta Brambilla (Pierotto) et Felice Varesi (Antonio) : c’est un succès immédiat, qui gagne Londres dès 1843 puis New York en 1847. L’ouvrage s’efface cependant peu à peu du répertoire au XXe siècle — le Metropolitan Opera l’abandonne après huit représentations données avec Lily Pons en 1934-1935 — avant de connaître quelques résurrections notables (la Scala en 1972, le festival de Wexford en 1983).
Livret :
Gaetano Rossi tire son livret de La Grâce de Dieu, mélodrame d’Adolphe-Philippe d’Ennery et Gustave Lemoine créé au Théâtre de la Gaîté le 16 janvier 1841, lui-même inspiré d’une romance à succès de Loïsa Puget du même nom. Pour resserrer l’intrigue, Rossi et Donizetti suppriment plusieurs personnages secondaires de la pièce et transforment l’oncle libertin de Carlo, une figure inquiétante chez d’Ennery et Lemoine, en un marquis de comédie, le Marchese di Boisfleury, qui fait basculer l’ouvrage du côté de l’opera semiseria.
Intrigue :
- Acte I : « Le départ de Chamonix » : Dans une ferme de Haute-Savoie, le fermier Antonio apprend que le marquis de Boisfleury, frère de leur propriétaire la marquise di Sirval, pourrait faire renouveler leur bail — mais le marquis, vieux roué, a en réalité des vues sur Linda, la fille d’Antonio et Maddalena. Linda, qui n’était pas à l’église mais à un rendez-vous secret avec Carlo, un jeune peintre dont elle est éprise sans connaître sa véritable identité, échange avec lui des serments d’amour que tous deux tiennent cachés. Le Prefetto (le recteur du village), informé des mauvaises intentions du marquis, convainc Antonio d’envoyer Linda à Paris avec la troupe de jeunes Savoyards qui partent chaque année y gagner leur vie, sous la conduite de l’orphelin Pierotto. L’acte s’achève sur les adieux et la prière collective avant le départ.
- Acte II : « Paris » : Trois mois plus tard, Linda vit dans un appartement élégant qu’elle doit en réalité à Carlo, qui s’est révélé être le Visconte di Sirval, neveu du marquis, et qui l’a entretenue sous couvert d’amitié. Pierotto, tombé dans la misère, la retrouve par hasard ; Linda lui confie sa joie et son secret. Importuné par le marquis puis rassuré par le retour de Carlo, qui lui révèle que sa mère s’oppose à leur mariage mais promet de l’épouser malgré tout, le couple se retrouve. Mais Antonio, venu à Paris plaider la cause de sa famille auprès de la vicomtesse, découvre sa fille dans ce logement et, apprenant qu’elle en est la maîtresse entretenue, la maudit et la renie avant de repartir. Bouleversée, et croyant entendre les réjouissances du mariage de Carlo avec une autre, Linda sombre dans la folie.
- Acte III : « Le retour » : De retour à Chamonix, les jeunes Savoyards rentrent au pays, mais Linda et Pierotto restent introuvables. Carlo revient lui aussi, ayant rompu son mariage arrangé et obtenu le consentement de sa mère à épouser Linda. Pierotto ramène enfin Linda, démente et ne reconnaissant personne, guidée par l’air de sa vielle. Lorsque Carlo, à l’instigation de Pierotto, entonne leur ancien duo d’amour, Linda recouvre miraculeusement la raison, reconnaît ses parents, Carlo et tout le village, et l’opéra s’achève dans la liesse générale.
Enregistrement(s) :

Gabriele Bellini — 1995
Format : 3 CD
Label : ARTS Music (DDD)
Référence : 47151-2
Année d’enregistrement : en studio, au Muziekcentrum d’Enschede (Pays-Bas), du 24 juin au 2 juillet 1992.
Distribution :
- Linda : Mariella Devia, soprano
- Carlo (Visconte di Sirval) : Luca Canonici, ténor
- Pierotto : Sonia Ganassi, mezzo-soprano
- Antonio : Petteri Salomaa, basse
- Il Marchese di Boisfleury : Alfonso Antoniozzi, basse bouffe
- Il Prefetto : Donato Di Stefano, basse
- L’Intendente : Boguslaw Fiksinski, ténor
- Maddalena : Francesca Provvisionato, soprano
Direction : Gabriele Bellini
Orchestre : Orchestra of Eastern Netherlands, Koor van de Nationale Reisopera (chef de chœur : Andrew Wise)
Langue : Italien
Particularité :
Enregistrement en studio réalisé aux Pays-Bas avec les forces de la Nationale Reisopera, compagnie itinérante néerlandaise, autour d’une distribution largement italienne emmenée par Mariella Devia dans le rôle-titre. Longtemps l’une des rares versions intégrales disponibles au disque, cette gravure a fait référence pendant près de deux décennies, avant la parution de versions fondées sur l’édition critique de l’œuvre.

Sir Mark Elder — 2011
Format : 3 CD
Label : Opera Rara, en association avec la Peter Moores Foundation
Référence : ORC43
Année d’enregistrement : en studio, au Royal Opera House de Covent Garden, les 7 et 14 septembre 2009 ; paru en 2011.
Distribution :
- Linda : Eglise Gutiérrez, soprano
- Carlo (Visconte di Sirval) : Stephen Costello, ténor
- Pierotto : Marianna Pizzolato, mezzo-soprano
- Antonio : Ludovic Tézier, baryton
- Il Marchese di Boisfleury : Alessandro Corbelli, basse bouffe
- Il Prefetto : Bálint Szabó, basse
- L’Intendente : Luciano Botelho, ténor
- Maddalena : Elizabeth Sikora, soprano
Direction : Sir Mark Elder
Orchestre : Orchestra of the Royal Opera House, Royal Opera Chorus (chef de chœur : Renato Balsadonna)
Langue : Italien
Particularité :
Réalisé par Opera Rara dans le cadre de son exploration systématique du répertoire donizettien méconnu, ce coffret adopte pour la première fois au disque un nouveau texte critique établi par Gabriele Dotto pour la Fondazione Donizetti de Bergame. Il réunit une distribution internationale de haut vol — la soprano vénézuélienne Eglise Gutiérrez, le ténor Stephen Costello et le baryton Ludovic Tézier — sous la direction de Sir Mark Elder, alors directeur musical de l’Orchestra of the Age of Enlightenment et chef reconnu du répertoire belcantiste.

Michele Gamba — 2021
Format : 2 CD
Label : Dynamic (DDD)
Référence : 7911.03
Année d’enregistrement : en public, au Teatro del Maggio Musicale Fiorentino, le 15 janvier 2021.
Distribution :
- Linda : Jessica Pratt, soprano
- Carlo (Visconte di Sirval) : Francesco Demuro, ténor
- Pierotto : Teresa Iervolino, mezzo-soprano
- Antonio : Vittorio Prato, baryton
- Il Marchese di Boisfleury : Fabio Capitanucci, baryton
- Il Prefetto : Michele Pertusi, basse
- L’Intendente del feudo : Antonio Garés, ténor
- Maddalena : Marina De Liso, mezzo-soprano
Direction : Michele Gamba
Orchestre : Orchestra e Coro del Maggio Musicale Fiorentino (chef de chœur : Lorenzo Fratini)
Langue : Italien
Particularité :
Captation d’une nouvelle production scénique du Maggio Musicale Fiorentino donnée en pleine pandémie, avec chœur masqué et jauge réduite, sur l’édition critique de Gabriele Dotto. Jessica Pratt y tient le rôle-titre aux côtés de Francesco Demuro et Michele Pertusi, sous la direction de Michele Gamba, alors en pleine ascension à la tête des jeunes chefs italiens.
Postérité :
Immense succès lors de sa création, repris dans toute l’Europe puis jusqu’à New York dans les années 1840, Linda di Chamounix a longtemps compté parmi les opéras les plus joués de Donizetti avant de s’effacer progressivement du répertoire courant au cours du XXe siècle, au point de devenir, selon le mot des commentateurs d’Opera Rara, une œuvre « plus honorée dans l’oubli que sur scène ». Ses reprises ponctuelles — la Scala en 1972, Wexford en 1983 — et la parution de plusieurs enregistrements intégraux, notamment fondés sur l’édition critique de Gabriele Dotto, ont contribué depuis à redonner à la partition la place qu’elle mérite dans la hiérarchie de l’œuvre de Donizetti.

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